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Sécurité

L’Île d’Idjwi sous occupation policière Rwandaise : la silencieuse annexion des territoires Congolais

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Le Rwanda déploie sa police sur le territoire congolais d’Idjwi, insidieusement érodant la souveraineté de la RD Congo. Face à ce viol géopolitique, le silence complice de la communauté internationale est assourdissant. Perdue dans les eaux du lac Kivu, l’île congolaise d’Idjwi (340 km², 250 000 habitants) a longtemps vécu à l’écart des conflits régionaux.

Peuplée majoritairement par l’ethnie Bahavu, son isolement géographique – à seulement 1 km de la côte rwandaise – en fait aujourd’hui un territoire stratégique, couvert par Kigali. Avec la disparition du chef traditionnel Marandula, figure d’autorité et de stabilité, l’île est plongée dans le chaos. Le Rwanda en a profité pour y imposer sa propre police, créant une situation inédite d’occupation déguisée.

Le décès du chef Marandula, qui régnait avec une autorité traditionnelle respectée, a créé un vide sécuritaire brutal. Son pouvoir, bien que parfois craint, maintenait un ordre social structuré. Son absence a effectivement ouvert la porte à divers groupes criminels, mais aussi à une ingérence rwandaise opportuniste. Sous prétexte de lutter contre le banditisme, le Rwanda a déployé des unités de sa police nationale sur l’île.

Or, Idjwi appartient administrativement à la province du Sud-Kivu en RDC. Cette présence constitue une violation flagrante du droit international et des frontières souveraines. Les habitants dénoncent des patrouilles policières rwandaises qui opèrent en toute impunité, arrêtent, interrogent et intimident les populations locales sans mandat congolais. La Rwanda National Police (RNP) est présentée comme un modèle de professionnalisme et d’intégration.

Pourtant, les rapports d’organisations de défense des droits de l’homme décrivent une institution au service de la répression politique du régime Kagame, pratiquant arrestations arbitraires, torture et disparitions forcées. Exporter ce modèle à Idjwi revient à imposer un appareil sécuritaire répressif sur un territoire étranger. Paul Kagame justifie toutes ses interventions extérieures par un impératif de sécurité nationale.

Cette paranoïa stratégique – réelle ou feinte – sert de prétexte à un expansionnisme régional décomplexé. Idjwi, île fertile et position stratégique dans le lac Kivu, intéresse Kigali pour le contrôle des routes commerciales et des ressources. L’État congolais est absent des périphéries de son territoire. Le Rwanda profite pour étendre son influence via des moyens militaires, économiques et maintenant policiers.

Cette stratégie de grignotage est moins visible qu’une invasion frontale mais tout aussi efficace pour annexer des territoires de facto. La lâcheté diplomatique est alarmante. Alors que l’UE et les États-Unis sanctionnent certains responsables rwandais pour leur soutien au RDF/M23 en RDC, ils ferment les yeux sur l’annexion policière d’Idjwi. Le Rwanda brandit son discours sur la lutte contre l’insécurité pour masquer ses violations du droit international.

La présence de police rwandaise à Idjwi sans l’accord de Kinshasa est une violation des articles 2(4) et 51 de la Charte des Nations Unies, qui protègent l’intégrité territoriale et interdisent le recours à la force. Cela équivaut à une occupation de fait. Si cette intrusion n’est pas dénoncée et stoppée, elle créera un précédent catastrophique où les pays les plus forts pourront imposer leur police chez leurs voisins sous de faux prétextes sécuritaires.

La stabilisation régionale ne peut pas reposer sur la violation systématique du droit international. Les bailleurs de fonds du Rwanda (Royaume-Uni, UE) qui financent aussi son appareil sécuritaire portent une lourde part de responsabilité. Ils doivent conditionner leur aide au strict respect des frontières et de la souveraineté des États voisins. L’implantation de la police rwandaise à Idjwi n’est pas une opération de stabilisation.

C’est une annexion déguisée, un acte d’une arrogance folle qui défie toutes les normes internationales. Il est scandaleux que cela se produise dans l’indifférence quasi-générale. Les autorités congolaises doivent exercer leur souveraineté en exigeant le retrait immédiat de toutes les forces rwandaises et en assurant elles-mêmes la sécurité de l’île. Il faut condamner avec la plus grande fermeté cette violation et enquêter sur les agissements de la RNP à Idjwi.

La société civile et les médias doivent briser l’omerta et rapporter sans relâche sur cette situation. La mort de Marandula ne doit pas signifier la mort de la souveraineté congolaise sur Idjwi. L’île n’a pas besoin des forces de police du Rwanda – elle a besoin que son propre état se montre à la hauteur de ses responsabilités et que le monde ouvre les yeux sur les agissements prédateurs de Kigali. Face à cette nouvelle provocation, notre indignation collective doit être à la hauteur de la menace : totale et sans concession.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Sécurité

Nord-Kivu : Beni paralysée par une mobilisation contre l’état de siège

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La ville de Beni, au Nord-Kivu, a tourné au ralenti ce jeudi 14 mai 2026 à la suite d’une opération « ville morte » initiée par des mouvements citoyens et groupes de pression. À travers cette mobilisation, les habitants entendaient dénoncer l’aggravation de l’insécurité qui continue de frapper la région.

Durant toute la journée, la plupart des activités sont restées paralysées. Les commerces, marchés, boutiques ainsi que plusieurs établissements scolaires n’ont pas ouvert leurs portes. Le transport en commun a également été perturbé, laissant plusieurs artères de la ville presque désertes.

Pour les organisateurs, cette action citoyenne visait à pousser les autorités à agir face aux violences répétitives qui touchent aussi bien la ville de Beni que les territoires voisins.

L’un des initiateurs de cette protestation, Clovis Mutsuva, a dénoncé ce qu’il considère comme une situation dramatique pour les habitants de la région.

« Si les bandits inquiètent la ville, les ADF massacrent dans le territoire, mais aucune mesure n’est prise. Les civils sont tués et nos économies sont paralysées », a déclaré le militant.

Les organisateurs ont également renouvelé leur demande de suppression de l’état de siège instauré au Nord-Kivu et en Ituri, estimant que cette mesure n’a pas apporté les résultats attendus sur le plan sécuritaire.

« L’état de siège est très inefficace. Nous exigeons sa levée. Les autorités militaires sont devenues très défaillantes et ont vraiment démontré leurs limites. Le gouverneur et son comité doivent partir, ils font preuve d’incompétence », a martelé Clovis Mutsuva.

Afin d’éviter d’éventuels débordements, les forces de sécurité ont été visibles dans plusieurs endroits stratégiques de la ville. Le commissaire provincial de la police ainsi que le maire de Beni ont personnellement suivi le déploiement des éléments chargés du maintien de l’ordre.

D’après plusieurs sources locales, des jeunes ont été interpellés au cours de cette journée de protestation. Ils sont accusés notamment de trouble à l’ordre public et d’incitation à la désobéissance civile.

A travers cette mobilisation, une partie de la population de Beni exprime une nouvelle fois son mécontentement face à la persistance des violences et réclame des mesures concrètes pour assurer la sécurité des civils.

Franck Kaky

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