À la Une
Ferdinand Ngoma Ngambu : L’homme qui osa dire « NON » à Mobutu !
Le 28 juin 1998 s’éteignait à jamais une figure discrète mais puissante de l’histoire politique et intellectuelle du Zaïre : le professeur Ferdinand Ngoma Ngambu. Sociologue, anthropologue, pédagogue et homme politique, il fut l’un des rares à se dresser publiquement contre Mobutu à une époque où le silence était souvent synonyme de survie.

Professeur émérite et premier recteur zaïrois d’une université nationale après l’indépendance, Ferdinand Ngoma Ngambu était animé d’une pensée libre et d’une rare lucidité sur les dérives du pouvoir et les failles du système postcolonial. À l’occasion de la mascarade électorale du 29 juillet 1984, un « référendum » qui ne disait pas son nom, il avait choisi la dissidence. Seul, ou presque, il fit campagne pour le « NON » contre Mobutu, un geste aussi audacieux que dangereux.
Le résultat fut sans appel : le dictateur fut « réélu » avec 99 % des voix. Pourtant, derrière ce chiffre soviétique se cachaient 126.101 voix de refus, autant d’étincelles de conscience et de courage. Ce refus fut notamment incarné par le professeur Ngoma, qui en paya le prix fort par l’emprisonnement. C’est pendant cette détention que naquit son dernier fils, le 1er avril 1984, que le père baptisa Diannkangila, en langue kinianga : « On a arrêté Ngoma ». Tout un symbole.

Plus tard, Ferdinand Ngoma Ngambu participa à la dynamique de l’opposition radicale à travers la Démocratie chrétienne fédéraliste (DCF), en rejoignant l’Union sacrée de l’opposition radicale et alliés, née le 17 juin 1991 aux côtés de figures comme Etienne Tshisekedi, Joseph Ileo et Jean Nguz Karl I Bond. Ensemble, ils tentèrent d’arracher le pays des griffes du mobutisme. Hélas, cette plateforme fut torpillée de l’intérieur, notamment par les retournements spectaculaires de Nguz et Mungul Diaka, récupérés par Mobutu.
Dans une formule désormais célèbre, le professeur Ngoma décrivait l’impasse du système zaïrois : « Le Zaïre, c’est soit du provisoirement définitif, soit du définitivement provisoire. » Une maxime qui résume à elle seule la confusion et l’instabilité de toute une époque.

Aujourd’hui, en ce 1er août, journée dédiée aux parents, son fils Diannkangila Ngoma Fabrice Gino, désormais Diakangila Ngoma suite à des erreurs administratives répétées, lui rend hommage dans une tribune pleine de mémoire et de sens. Au-delà du témoignage personnel, c’est un cri du cœur en faveur de la mémoire collective, du respect de nos ancêtres et de l’impératif de transmettre les luttes d’hier aux générations de demain.
« Aussi longtemps que nous continuerons à vivre dans le paradigme du colonisé, ne soyons pas surpris que demain, nous perdions notre identité et après-demain notre âme. » écrit-il, interpellant à la fois les gouvernants et les citoyens.
À travers ce récit filial devenu tribune, c’est toute une génération d’hommes debout que l’on exhume du silence et de l’oubli. L’histoire de Ferdinand Ngoma Ngambu n’est pas celle d’un seul homme : c’est celle d’un peuple en quête de dignité, de vérité, et d’avenir.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET