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Tribune : Parents, piliers ou passagers ? Réflexion sur une génération sans repères Par Régis MBUYI NGUDIE (Philosophe – communicologue – penseur – éducateur)

 

En ce jour de la fête des parents, le cœur ne peut que s’interroger, profondément, sur la place et la responsabilité des géniteurs dans ce monde qui chancelle. Entre crise des valeurs et exaltation des anti-valeurs, entre surconsommation technologique et pauvreté spirituelle, entre dérives politiques et effondrement éducatif, se dresse une vérité difficile à entendre mais salutaire à dire : les parents ne sont pas absents par accident ; ils sont souvent absents par abandon.

Chaque époque a ses combats, mais la nôtre a perdu ses fondations. Une jeunesse confuse, souvent livrée à elle-même, cherche la lumière dans les écrans, le réconfort dans les drogues, l’exemple dans les célébrités superficielles, et la vérité dans les likes. Et qui devait être là, à la porte du cœur et de la conscience de l’enfant ? Le parent. Le père guide, la mère refuge. Tous deux, absents. Occupés. Dispersés. Démissionnaires. Ou parfois simplement déconnectés de leur propre mission.

« L’éducation commence au berceau, bien avant les bancs de l’école », disait Jean-Jacques Rousseau. Mais aujourd’hui, le berceau est livré à la télévision, aux réseaux sociaux, aux tendances perverses du monde. L’éducation n’est plus une semence lente et patiente, mais une délégation inconséquente à l’écran ou à l’école. Et pourtant, ce que l’école ne pourra jamais enseigner, c’est l’amour, le sens, l’exemple.

On ne le dira jamais assez : les parents sont les premiers éducateurs, les premiers modèles, les premiers miroirs. Or, dans bien des familles, ce miroir est brisé. L’irresponsabilité silencieuse des parents devient amèrement remarquable. Combien de pères présents par le sang, mais absents par le cœur ? Combien de mères épuisées, seules, résignées, parfois elles-mêmes enfants dans leur tête ? Le désengagement parental est devenu un fléau silencieux. On court derrière le pain, en oubliant qu’un cœur affamé de tendresse se meurt aussi. On nourrit le corps, mais on abandonne l’âme.

Quand les enfants mentent, trichent, frappent, s’exhibent sur TikTok, insultent les enseignants, brûlent les étapes, c’est facile d’accuser l’État, l’école, la société. Mais rarement les parents se regardent en face pour dire : « Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je négligé ? Où ai-je perdu mon enfant ? » Car oui, la délinquance juvénile, l’échec scolaire, la corruption politique, la perte du civisme, l’immoralité grandissante sont aussi les fruits d’un abandon parental collectif.

Être parent est un sacerdoce, pas un simple statut

Être père ou mère ne signifie pas seulement avoir donné la vie. C’est accepter d’enseigner ce qu’est la vie. C’est transmettre des valeurs, même dans un monde qui les rejette. C’est dire non avec amour. C’est expliquer le pourquoi, quand l’enfant ne comprend pas. C’est surtout vivre soi-même ce que l’on exige. Car rien ne détruit plus un enfant que la contradiction entre les paroles des parents et leurs actes.

Le monde moderne, en dépit de ses avancées, est un bourbier moral. La technologie a pris la place des traditions. L’instantané a supplanté la patience. Le matérialisme a effacé la vertu. Mais un parent engagé reste un phare, même dans la tempête. Un foyer aimant peut encore résister à l’emprise du chaos numérique. Un père qui prie, une mère qui écoute, peuvent encore renverser les statistiques les plus sombres.

Repenser la parentalité : un appel urgent

En ce jour de la fête des parents, ce n’est pas seulement aux enfants de dire merci. C’est aux parents de se réveiller. L’avenir de nos nations ne se décide pas seulement dans les parlements, mais dans les maisons. Dans ces salons où les familles dialoguent… ou se taisent. Dans ces chambres où les jeunes s’endorment avec ou sans bénédiction. Dans ces maisons où les enfants sont éduqués sans tabous.

Il faut le dire : le tabou, dans de nombreuses familles et cultures, est devenu un véritable poison silencieux qui ronge le processus éducatif et freine la croissance saine de l’enfant. Lorsqu’on refuse de nommer les choses, de parler ouvertement de sexualité, d’identité, de blessures familiales, de violence, de dépendances ou même de spiritualité vécue, on condamne l’enfant à chercher des réponses ailleurs — souvent dans des sources déformées et toxiques. Le silence des parents, dicté par la honte, la peur ou les traditions rigides, crée un vide que la société contemporaine s’empresse de combler avec ses illusions.

Ainsi, des générations entières grandissent dans l’ignorance, la confusion ou la rébellion, faute d’avoir été écoutées, éclairées et accompagnées. L’éducation ne peut pas se construire sur des non-dits ; elle réclame la vérité, même inconfortable, car c’est dans la lumière que l’enfant devient véritablement libre et responsable.

Parents, vous êtes comptables du monde que nous laissons. Si vous ne redressez pas la boussole morale, qui le fera ? Si vous ne devenez pas les premiers bâtisseurs de la justice, de la vérité et de l’espérance, qui en portera le flambeau ?

In fine, un proverbe africain dit : « Un enfant mal éduqué est un futur ennemi de la société. » Ce proverbe devrait hanter nos consciences, non pour culpabiliser, mais pour responsabiliser.

Car aujourd’hui plus que jamais, ce monde n’a pas besoin de parents parfaits, mais de parents présents, engagés, éveillés. Il n’est jamais trop tard pour commencer. Même un simple regard d’amour, une conversation sincère, une correction juste, un pardon demandé peuvent tout changer.

Alors, chers parents : debout ! Le monde a besoin de vous. Vos enfants vous regardent. Et la postérité vous jugera.