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Société

Quand la rivière Makelele tue sans noyer : la situation géographie détériorée…

Encore une fois, la rivière Makelele a quitté son lit. Dans la nuit du vendredi 14 au samedi 15 juin 2025, des pluies torrentielles ont frappé Kinshasa, aggravant une situation déjà critique à Bandalungwa, précisément au quartier Lubudi.

Depuis la pluie du 1er mai, les habitants vivent les pieds dans l’eau, entre insalubrité, maladies, pertes matérielles et désormais… morts par désespoir.

Le visage du quartier a radicalement changé. Ce qui ressemblait autrefois à des avenues paisibles bordées de maisons familiales a pris l’allure d’un champ de ruines. Partout, du sable, des débris, des carcasses de parcelles abandonnées. Les habitants évoquent une transformation géographique brutale : les terrains s’affaissent, les parcelles disparaissent sous l’eau ou la boue, les caniveaux ne suffisent plus à contenir les débordements.

Curieusement, cette fois-ci, curer les caniveaux aggrave parfois la situation : l’eau refoulée par une rivière Makelele gonflée revient en force dans les avenues. Les jeunes, impuissants, ne savent plus comment dégager les eaux stagnantes. C’est un dilemme : laisser l’eau stagner, ou l’évacuer au risque de subir le reflux.

Le drame va bien au-delà des pertes matérielles. Si l’on a souvent parlé de noyades ou d’effondrements, un phénomène plus silencieux fait désormais des victimes : les crises cardiaques post-inondation.

Dans une famille du quartier, déjà endeuillée en 2022 par la perte d’une grande fille qui avait fait une crise cardiaque après avoir tout perdu sous la pluie, la tragédie s’est répétée. Cette fois-ci, c’est la mère, ayant reconstruit avec courage après les dernières intempéries, n’a pas supporté ce nouveau choc. Elle a succombé elle aussi, quelques heures après avoir constaté l’ampleur des dégâts dans sa maison.

Des décès dus à la détresse, au désespoir. Ces drames sont tus, pourtant ils racontent une douleur collective qu’aucune statistique ne mesure.

Les témoignages s’accumulent. Des familles dorment dehors depuis deux mois. Les locataires ont fui. Même des propriétaires, des bailleurs, finissent par abandonner leurs propres maisons. Ce quartier ne ressemble plus à un lieu de vie : c’est un camp de survie sans soutien, où l’odeur de l’eau croupie rivalise avec celle des déchets en décomposition.

La promiscuité, l’insalubrité, l’humidité permanente forment un cocktail explosif. Les conditions sanitaires sont alarmantes. De nombreuses voix s’élèvent pour alerter : des épidémies menacent. Typhoïde, choléra, paludisme… Bandal est devenu un foyer à haut risque.

Où sont les autorités ? s’interrogent les habitants. Aucune intervention d’ampleur, aucune mesure de soutien. La population est abandonnée, laissée seule face à une crise qui dépasse ses capacités d’adaptation.

Il est temps d’agir. Le ministère de la Santé est interpellé. Le gouvernement provincial doit se mobiliser. Des solutions urgentes sont nécessaires : curage des caniveaux par des équipes qualifiées, relogement temporaire des sinistrés, désinfection des zones contaminées, assistance psychologique, et surtout, une vraie politique d’aménagement urbain durable.

Bandal, quartier du cœur de Kinshasa, ne doit pas devenir un cimetière à ciel ouvert. Ses habitants ont besoin de plus que de la résilience : ils ont besoin de justice, de sécurité et de dignité.

Dorcas Mwavita/CongoProfond.net