Economie
Cuivre congolais : La vision stratégique de Cyrille Mutombo pour une révolution minière inclusive
Lors de la 20ᵉ édition de la DRC Mining Week tenue en juin 2025, Cyrille Mutombo, directeur pays de Kibali (filiale du géant Barrick), a dessiné les contours d’un tournant stratégique pour l’industrie minière congolaise : l’entrée déterminée de l’entreprise dans la filière cuprifère. Une ambition mûrie à la fois dans les salles de décision et sur le terrain, au plus près des réalités techniques du Haut-Katanga.
« C’était ma première fois de voir personnellement la construction d’échappées, ces structures techniques cruciales dans l’extraction. J’ai été impressionné », a-t-il confié, évoquant une immersion encadrée par des experts australiens — preuve de la capacité de Kibali à combiner expertise internationale et enracinement local.
Dans une intervention mesurée mais volontaire, Mutombo a appelé à une gouvernance minière équilibrée. Selon lui, le succès de la filière cuprifère dépendra d’un cadre législatif à double entrée : « Il faut une loi souple pour encourager l’industrialisation locale, et une autre qui rassure les partenaires étrangers. Le nationalisme économique ne doit pas devenir un repli, mais une force d’ouverture maîtrisée ».
Une prise de position lucide dans un contexte politique où la souveraineté sur les ressources naturelles fait débat. Pour lui, le leadership de l’État est central : « L’État congolais doit être un facilitateur. C’est lui qui donne le tempo. S’il assume pleinement ce rôle, le potentiel est immense ».
L’intérêt de Barrick pour le cuivre ne date pas d’hier. Déjà en février 2025, lors du Mining Indaba en Afrique du Sud, Cyrille Mutombo avait révélé que Barrick avait obtenu plusieurs permis d’exploration dans le Haut-Katanga. « Nous sommes encore à l’étape d’exploration, mais le processus est lancé. Il est sérieux, structuré. Le cuivre est notre prochaine grande aventure en RDC. »
Ce projet s’inscrit dans une vision de long terme, inspirée des précédentes expériences du groupe : plus de 3 milliards USD investis en Zambie, et un mégaprojet or-cuivre au Pakistan, dont la durée de vie est estimée à un siècle. Une logique d’investissement patient, que Kibali veut désormais adapter au contexte congolais.
Alors que la demande mondiale en cuivre explose — portée par la transition énergétique et les technologies vertes — le Haut-Katanga redevient un centre névralgique. Barrick/Kibali l’a bien compris, et entend s’y implanter durablement, avec une approche éthique et responsable.
Mais au-delà du rendement et des marchés, Cyrille Mutombo insiste : le cuivre congolais doit aussi servir les Congolais. Il en fait un levier de transformation nationale, articulé autour de cinq priorités :
– Industrialisation locale,
– Formation et emploi des jeunes,
– Transfert réel de compétences,
– Respect strict de l’environnement,
– Intégration active des communautés locales.
Loin d’un discours purement technique, son intervention résonne comme un manifeste pour une nouvelle génération de dirigeants miniers. Une génération consciente de ses responsabilités sociales, des attentes d’une jeunesse en quête d’avenir, et des défis géopolitiques liés aux ressources stratégiques.
Cyrille Mutombo n’a pas seulement parlé de cuivre. Il a évoqué un avenir où la richesse du sous-sol rime avec dignité humaine, souveraineté éclairée et partenariat gagnant-gagnant.
Dorcas Mwavita/CongoProfond.net