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Faim et objectifs de développement : L’Afrique joue son avenir agricole
Les objectifs pour éradiquer la faim en Afrique d’ici 2025 et atteindre les Objectifs de développement durable en 2030 sont sérieusement compromis. C’est l’inquiétant constat fait lors du 10e Forum régional africain pour le développement durable qui s’est tenu cette semaine dans la capitale éthiopienne. Changement climatique, inflation galopante et conflits armés minent les efforts déployés sur le continent.
Face à cette situation préoccupante, les experts réunis ont martelé : il faut impérativement revoir les mécanismes de financement du secteur agricole africain. Mobiliser davantage de ressources locales et explorer des pistes innovantes pour financer le développement agricole sont devenus des priorités absolues.
« Les agriculteurs sont au cœur de nos efforts pour développer une Afrique prospère, à l’abri de la faim, comme l’appelle l’Agenda 2063 de l’Union africaine », a rappelé Godfrey Bahiigwa, haut responsable à la Commission de l’UA. « Nous devons leur donner les moyens d’agir et faciliter leur accès aux financements. »
Le Programme de développement de l’agriculture africaine (PDDAA), pierre angulaire de l’Agenda 2063, fixait pourtant des objectifs ambitieux à l’horizon 2025, comme l’engagement des États à consacrer 10% de leurs budgets à l’agriculture. Mais sur le terrain, les avancées restent trop timides, ont déploré les participants.
Le levier du secteur privé a été identifié comme essentiel pour stimuler les investissements et l’innovation dans les filières agroalimentaires africaines. « Des partenariats publics-privés stratégiques permettront de concrétiser les ambitions du PDDAA et d’assurer la sécurité alimentaire durable en Afrique », a souligné Menghestab Haile, du Programme alimentaire mondial.
A l’heure où les défis s’accumulent, les mécanismes de financement novateurs apparaissent plus que jamais comme la clé pour libérer le formidable potentiel agricole du continent. En plaçant résolument les agriculteurs au cœur du développement et en facilitant leur accès aux financements, l’Afrique peut espérer se frayer un chemin vers un avenir durable, nourricier pour tous.
Claudine N. I
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Nord-Kivu : à la veille de la visite ministérielle, Clovis Mutsuva appelle les chefs coutumiers à « dire la vérité » face à l’insécurité
L’arrivée annoncée du ministre des Affaires coutumières, prévue ce vendredi 17 avril 2026 dans les villes de Beni et Butembo, continue de susciter de vives réactions au sein de la communauté locale. Dans un contexte marqué par une insécurité persistante dans le Grand Nord du Nord-Kivu, plusieurs voix s’élèvent pour interpeller les autorités coutumières appelées à rencontrer le membre du gouvernement.
Parmi elles, celle de Clovis Mutsuva, leader d’opinion dans la région, se distingue par la fermeté de son ton. À la veille de cette visite officielle, il adresse un message direct aux chefs coutumiers, communément appelés Mwami, les exhortant à assumer pleinement leur rôle face aux violences qui frappent la région depuis plus d’une décennie.
Dans une déclaration empreinte d’émotion et d’indignation, il rappelle l’ampleur des souffrances endurées par la population : « Je m’adresse à nos chefs coutumiers, nos Mwami. Voici plus de dix ans que nous mourons par décapitation. Ailleurs, les coutumiers mettent fin à la guerre dans ce pays. […] Mais ici chez nous, je ne veux pas revenir sur les petits conflits qui vous occupent souvent, comme la cession des terres… »
Au-delà du constat, Clovis Mutsuva dénonce les divisions internes et les luttes de pouvoir qui, selon lui, fragilisent l’autorité coutumière et détournent l’attention des véritables enjeux sécuritaires. Il pointe également la prolifération de faux chefs coutumiers :
« Il est vrai qu’il existe des vrais coutumiers, mais les faux existent aussi, et ils sont les plus nombreux. […] C’est une occasion importante qui ne doit pas servir à exposer encore vos querelles. »
Pour ce leader d’opinion, la visite du ministre représente une opportunité cruciale à ne pas gaspiller. Il appelle les autorités traditionnelles à privilégier l’intérêt général et à proposer des solutions concrètes pour mettre fin à l’insécurité, notamment face aux exactions attribuées aux ADF.
Il insiste sur le fait que les conflits entre chefs coutumiers n’ont jamais profité à la population : « Nous, la population, n’avons jamais vu le bénéfice de tout cela. […] Allez lui dire la vérité. Réfléchissez ensemble à comment mettre fin au phénomène ADF, comment utiliser votre pouvoir pour arrêter les massacres et récupérer nos territoires. »
Son message s’étend également à la société civile et à la jeunesse, qu’il invite à éviter tout opportunisme lors de cette visite et à privilégier la responsabilité collective.
Cette prise de parole traduit un ras-le-bol croissant au sein de la population du Grand Nord, qui attend des actions concrètes de la part des autorités, tant coutumières que politiques, pour mettre un terme à une crise sécuritaire qui perdure depuis trop longtemps.
Franck Kaky / CONGOPROFOND.NET
