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Tribune: les médias internationaux et leur rôle dans le processus électoral de 2018 en RDC (Par Claude Buse M., journaliste)

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L’ Institut Congolais de Recherche en Développement et Etudes Stratégiques (ICREDES) organise régulièrement (tous les quinze jours) des Forums restreints dits Mercredis de l’ICREDES comme conférences-débat de hautniveau sur des questions d’intérêt national portant sur les différentes facettes de la vie politique, économique et socioculturelle de notre pays. Le thème de la rencontre du 20 mars dernier a porté sur le rôle des médias internationaux dans les élections de décembre 2018 en RDC.

Nous avons eu le plaisir d’assister à cette conférence-débat, animée par le Professeur Jean Liyongo de l’UNIKIN. Il m’est venu à cœur de mettre par écrit ce que j’ai entendu et compris. Depuis 1989, le monde est entré dans une zone de turbulences. Des guerres dépassant les frontières des Etats se sont succédé. Dans ces entrefaites, les médias internationaux sont devenus des acteurs importants de politique internationale.

UN MEDIUM SE DÉFINIT PAR SA CIBLE

On appelle médias internationaux, les médias destinés à un public international. Des médias dont la cible, l’audience va au-delà des frontières du pays qui les créent. Ils sont donc caractérisés par leur intention, et l’étendue de leur projet. Dans leur fonctionnement, ce sont des médias indépendants. Mais en réalité, ils sont liés au pays bailleurs de fonds.

Les médias internationaux, ne sont pas une réalité nouvelle dans notre pays. Ils ont toujours existé. En 1960, la semaine même de l’indépendance de notre pays, quatre radios « étrangères » couvraient l’actualité congolaise aux côtés de Radio Léo émettant de la capitale. Et tout le monde, dans les villes de la RDC et les campagnes, se rabattaient sur ces médias. Radio Moscou, de l’URSS arrosait les pays satellites de l’Union soviétique. Les USA et la Chine aussi avaient leurs radios destinées à l’étranger. Il y avait également la BBC, la radio née de la résistance alliée à la IIème Guerre mondiale, émettant depuis la Grande Bretagne. RFI
n’était pas du reste, à l’intention de ses colonies. C’était le début de la guerre froide. Qui n’était pas moins une guerre par les ondes.

Médias alternatifs durant la période des dictatures entre les années 60 et 80, les radios étrangères prendront un essor à partir de la chute du mur de Berlin. Ils ont été présents et couvert par sons et images, les différentes crises qui ont secoué l’Europe de l’Est et le reste du monde. L’essor de la technologie leur a donné une dimension nouvelle, surtout dans ce contexte de mondialisation entendue comme une volonté de supprimer les frontières. Un mouvement du capital qui bat en brèche la notion même de l’Etat
westphalien.

La VOA – Voix de l’Amérique – accompagnera la guerre de l’AFDL qui a déboulonné les restes du régime dictatorial de Mobutu qui végétait encore sept années après la Conférence Nationale Souveraine à travers moult subterfuges. Bien avant cela, la guerre du Rwanda fera les choux gras de RFI et les médias satellitaires français ou francophones qui prenaient un tournant décisif à travers CFI, TV5, puis France 24 par la suite. Après l’invasion du Koweït, c’est CNN qui prendra la première place. Avant de
péricliter peu après, suite aux mésaventures de l’armée américaine en Somalie à l’occasion de l’opération Restore Hope qui a tourné court. On notera que ces opérations militaires ont eu lieu grâce à l’invention du concept de droit (et devoir ?) d’ingérence (humanitaire) lancé par Bernard Kouchner pendant la guerre du Kosovo.  Ce concept met à mal celui traditionnel et westphalien de la souveraineté de l’Etat. Et les médias internationaux sont devenus des acteurs importants dans la socialisation de
ces conflits. Nous avons vécu des guerres en direct.

STATUT DES MÉDIAS INTERNATIONAUX

Les médias, rappelons-le, ne sont que des moyens. Des moyens dans lesquels l’on place un contenu. Ils sont porteurs d’un projet, d’une mission. En créant des médias à destination ou à vocation internationale, les Etats les mettent à l’actif de leurs actions ou de leurs projets diplomatiques. RFI, par exemple, est géré par le ministère français des affaires étrangères. Il en est de même de la VOA, sous la direction du Département d’Etat. Cela dit tout.

Ils ont donc un statut politique. Des outils des Etats, des canaux et vecteurs d’idéologie, instruments de la politique étrangère. Si l’armée, la police et autres services intérieurs d’ordre et de sécurité disposent du « Hard Power », les médias font partie du « Soft Power » : la dissémination, la suggestion, des objectifs apparemment lointains, mais activement présents.

 

Les médias internationaux sont des instruments de Relations Publiques des Etats qui visent à créer, à entretenir l’image d’un pays. Ils servent comme instruments de positionnement et de gestion des esprits des autres, voire de formatage, de matraquage et de pression sur ces derniers. Ils servent à arroser un contenu idéologique.

POUR QUELLE ACTION COMMUNICATIVE ?

Un média a toujours un objectif pour lequel il voit le jour. L’objectif est fixé en fonction de la cible. Et sa pérennisation dépend de sa capacité à contrôler le feedback c’est-à-dire la relation avec la cible. Par ailleurs, nous savons que, traditionnellement, l’action communicative des médias vise à informer, former et divertir. Informer de quoi ? Former à quoi ? Divertir avec quoi, à quelle fin ?

Appréhendés comme outils de propagande et d’idéologie, répondant à une politique et une stratégie, les médias internationaux ont pour tâche de créer un espace, d’élargir les frontières des Etats. La France, par exemple, peut bien se servir de ses médias pour garder l’initiative et le contrôle d’une politique internationale vis-à-vis de ses anciennes colonies réunies au sein de la Francophonie ; et l’Angleterre, faire de même pour le Commonwealth. Leurs médias serviraient à rendre l’opinion malléable, à disposer, construire, consolider et même élargir leur aire de contrôle culturel et d’influence informative et politico-diplomatique en vue de mieux disposer des esprits.

Il n’est donc pas exagéré de croire que la volonté de ces médias internationaux est de perpétuer les rapports de domination, conquérir et embrigader les esprits. C’est pour dire que l’action communicative de la plupart des médias internationaux qui arrosent nos territoires est « biaisée », tant est vrai que l’opinion locale pense que ces médias répondent mieux que les nationaux à sa soif et son droit à l’information.

En illustration, le professeur LIYONGO a analysé sommairement trois types d’émission de RFI. 1.  Appel sur l’actualité ; 2.  Invité Afrique ; 3.  Chronique de Mamane.

1.Appel sur l’actualité de Juan Gomes est une émission interactive qui accorde la parole aux citoyens africains qui expriment leurs critiques sur la gouvernance de leurs pays. RFI offre donc la parole à des populations supposées « bâillonnées » par les régimes politiques en place. Tout fait croire que l’émission veut offrir aux auditeurs africains de RFI un « miroir » où ils se reflètent. Et se mettent en valeur. Un appel à la responsabilisation qui aiderait les africains à prendre leur destin en mains, à mettre leurs libertés de citoyen et de peuple en application. Un espace de valorisation du citoyen qui « participe » ainsi à la gouvernance
de son pays et qui a ainsi son mot à dire, même si les Etats ne respectent pas cette clause essentielle à la démocratie.

 

2. Invité Afriquede Philippe Boisbouvier RFI accorde la parole aux acteurs politiques et sociaux ; aux faiseurs d’opinion pour qu’ils rendent compte à leur peuple via ce médium. On voit ainsi des autorités qui dédaignent la presse de leurs pays respectifs accourir pour s’expliquer, se justifier. Elles sont fascinées, en pensant être suivies par les décideurs français (faiseurs de rois), et que cela est une voie pour redorer leur image ou trouver des appuis, et faire du lobbying.

 

3. Chronique de Mamane : une émission de dérision, caricature, banalisation.

 

Les éditions spéciales Afrique ce sont des pages consacrées à l’actualité brûlante.  On voit bien que RFI tente toujours de contourner les embargos que décident facilement les autorités africaines. C’est ici que l’on peut parler de la couverture de l’organisation des élections en République Démocratique du Congo.

 

ELECTIONS EN RDC

On l’aura vu, les médias internationaux étaient très impliqués dans le déroulement du processus électoral en RDC. Il s’est dégagé même l’impression que ces médias étaient ou ont joué un rôle ambigu comme un organe de l’opposition politique luttant contre le troisième mandat du président Kabila. Comme s’ils voulaient faire l’équilibre dans la livraison de l’information au public, étant donné que les médias nationaux n’avaient et ne donnaient qu’une information partielle, et partiale.

Positivement, RFI est l’un des rares médias à avoir donné la parole, et avoir essayé de présenter tous les candidats à la présidentielle. Mais on devra noter que ces médias internationaux, RFI en l’occurrence, avaient leurs choix des experts intervenants ou invités, le choix des sujets, le choix des angles et approches.

On peut dans le cadre d’autres études s’intéresser à analyser même le choix des mots (maux), la répartition des espaces et de la parole ; ou au fait que RFI a une plage d’information le matin et le soir, et des flashes d’information toutes les trente minutes. Peut-on croire que cela est fait du hasard ? Evidemment, on peut arguer sur la disponibilité (l’accès) à l’information mais il y a aussi quelque chose de battage ou de rabattage médiatique. Comme s’il y avait un projet de formatage des consciences. Au
regard de ce qu’il s’est passé, on peut affirmer sans excès que RFI a joué pleinement le rôle d’ « influenceur ».

 

LA FAILLITE DE NOS SYSTEMES D’INFORMATION

Tous ces différents aspects du travail de RFI relevés ci-haut se passent sur fond de faillite, de carence des médiaux locaux. Particulièrement des médias officiels où se posent déjà la question d’accès à l’information pour les journalistes et celle de la qualité professionnelle des infos : sélection, élaboration, valeur ajoutée, mensonges et biais voulus, etc.

Les médias locaux travaillent généralement chacun pour un seul candidat. Tandis que RFI s’est avérée être le premier média francophone qui donnait l’information sur notre pays avec un semblant d’objectivité à notre peuple. Une information professionnellement élaborée, de bonne facture, objective, exhaustive. La faillite de nos médias locaux « pousse » ainsi les intellectuels vers RFI, un média où ils retrouvent « la pureté » de la langue française, ce qu’ils croient être la hauteur et une large audience. Selon le principe communicationnel de « two steps of flow », nos « intellectuels » deviennent des « prescripteurs » de ces médias étrangers, renforçant ainsi par leur critique du local ou leur appréciation excessive de ces médias internationaux, le discrédit de l’offre communicationnelle nationale. Il ressort de cet aspect de choses une sorte de fracture : fracture linguistique, le français obligeant la majeure partie de l’opinion nationale à n’avoir accès qu’à une information interprétée idéologiquement
par un instrument français ; la fragmentation de l’opinion, et la fracture dans la formation.

 

Beaucoup d’auditeurs de RFI chez nous n’ont aucune notion de géographie ni d’histoire (matières négligées de l’enseignement national). Ce qui fait qu’ils sont facilement fascinés par l’excès d’infographie  des médias internationaux : chiffres,  descriptions géographiques sur notre pays et que nous ignorons superbement… Parfois l’essentiel de l’information est noyé dans les descriptions et détails des experts. L’audience locale n’a aucun repère pour situer, fixer l’information. Il est à la merci de
l’émetteur. L’information cesse d’être un élément d’intégration pour devenir un élément de dispersion. La qualité professionnelle de l’information des médias internationaux fascine plus encore les acteurs politiques africains. Ils ont une fenêtre au monde pour eux et pour leur image et leur performance individuelle. Tout cela à prix d’or. Les chefs d’Etat africains s’en servent comme outil de leur propre image, de leur propre « diplomatie » entendue comme recherche d’appuis internationaux.

 

QUELLES LECONS TIRER ?

RFI dépend du ministère français des affaires étrangères (le Quay d’Orsay). Il n’est pas exagéré de comprendre que c’est un outil de la diplomatie française. Elle concourt notamment à la construction d’une idée de défense et sécurité extérieure de la France.

Les médias internationaux, on l’a dit, sont des outils de « Soft Power » des Etats qui les mettent sur orbite. Ils répondent donc d’une diplomatie qui elle-même dépend d’une politique et pourquoi pas d’une idéologie. D’une certaine idée, d’un certain projet du pays « émetteur ». Leur rôle n’est pas de donner l’information, mais plutôt d’utiliser l’information y compris biaisée volontairement, idéologiquement pour formater et gérer l’opinion extérieure cible, et diaboliser ou louer qui on veut selon les intérêts de la puissance étrangère.

 

Les médias internationaux servent à défendre des idées des Etats. Hier on parlait de la Françafrique, et de ses relations sur la gestion des Etats par le ministère français des affaires étrangères depuis Foccart. On a beaucoup écrit aussi sur l’action de la CIA en Afrique. Bref, rien n’est innocent. C’est ce rôle qu’ils sont joué et continuent à jouer durant le processus électoral de 2018 en RDC. Et il y en a qui le continuent ouvertement ou sournoisement même dans l’après-élection.

 

Radio France Inter est un grand influenceur. Un faiseur d’opinion. On connaît aujourd’hui le rôle que jouent les influenceurs sur les réseaux sociaux. Ils fournissent une information de proximité (psychologique et temporelle).  On sait aujourd’hui que ces influenceurs des réseaux sociaux sont recrutés parmi les jeunes qui ont bénéficié des différents programmes des ambassades ou de la diplomatie. Comme le programme YALI des américains. Plusieurs écrits ont dénoncé les accointances entre les milieux d’affaires (on citait le nom du milliardaire américain Soros)  et les milieux politiques pour faire tomber des régimes en Afrique, après le « printemps arabe ». Pour les élections de 2018 en République Démocratique du Congo, il y avait tout une « toile » autour d’un camp politique. C’est comme si les médias internationaux avaient plébiscité un camp contre l’autre, instrumentalisant bruyamment et intelligemment les forces internes dont certains partis politiques et surtout les segments actifs sinon activistes
de la société civile.

 

LES LEÇONS DU MERCREDI DE L’ICREDES

On ne doit pas se voiler la face. Les médias internationaux sont au service des intérêts. Ceux qui les animent, veulent souvent utiliser les populations locales à servir leurs intérêts. Les vrais intérêts sont souvent cachés au profit de l’humanitaire ou de la prétendue défense de la justice et de la démocratie à double vitesse. Très souvent, et subtilement, ces médias présentent l’information selon leurs intérêts.  A travers les effets de chiffres, de dates et autres « données objectives bien manipulées », ils cachent l’information, l’isolent de son histoire, de ses racines. Ils se présentent en justiciers qui finissent par diaboliser ceux
qui n’entrent pas dans la perspective de leurs attentes.

En diplomatie, les services de renseignements des pays détenteurs des médias cherchent toujours à transformer les acteurs locaux en défenseurs ou promoteurs de leurs intérêts. Et lorsqu’un média (pouvoir) étranger veut vous mettre à son service ou vous transformer en « acteurs » de ses intérêts, il y a trois étapes dans ce processus : déformer la vérité : c’est sa version des faits qui prime, ses chiffres, les experts qu’il choisit, etc. (cas de la Banque Mondiale, des agences et ONG internationales) ; Cacher les faits historiques : matraquage et massage basé sur l’actualité. Ex : flash info toutes les 15 minutes pour faire le
point sur l’actualité.

Se présenter comme cause « humanitaire » (au service de…) ; diaboliser l’adversaire avec une info partielle, partiale, contrefaite, montée ou biaisée. Les médias étrangers façonnent l’opinion dans nos pays du sud. Ils se présentent comme la seule source fiable et crédible. Et rendent l’opinion réceptive, tout en faisant jouer à certains locaux (intellectuels) le rôle de relais, de diffuseurs. Un autre de leur rôle est de donner la parole directement aux masses, contre la classe d’élite. Court-circuiter l’élite qui généralement crée ou renforce les « fractures sociales ».

 

QUE FAIRE ?

Désacraliser l’information internationale : donner les moyens aux médias locaux. Il ne s’agit pas de donner de l’argent à des éditeurs, mais rendre possible un certain nombre d’éléments pouvant permettre un bon fonctionnement des médias locaux. Un des enjeux pour les médias locaux demeure par exemple la question de l’accès à l’information : l’accès aux lieux et aux sources d’information. Pour le cas de la RDC aujourd’hui par exemple, permettre aux journalistes d’arriver à YUMBI pour se rendre compte des faits, parler avec les acteurs ; arriver à BENI pour ce qui est de EBOLA. Au lieu qu’ils se contentent de relayer les médias internationaux, ils devraient être à même d’identifier les acteurs, les relais ou  influenceurs à leur service ; connaitre leurs parcours, leurs réseaux, leurs domaines d’action, etc.

 

Derrière ces médias, il y a souvent des gros intérêts financiers qui, aujourd’hui, menacent la liberté de l’information dans les pays
occidentaux. En France par exemple, Lagardère vend Libération à Patrick Drahi ; Bolloré reprend en main Canal. Le même Drahi rachète BFM-TV et RMC alors que Bouygues croque Eurosport. Les milliardaires s’animent sur le marché des transferts de médias. « Le Monde, Libération et Le Figaro, toutes nos chaînes d’info (LCI, I-Télé, BFM-TV), l’essentiel des hebdomadaires de référence (Le Nouvel’Obs, L’Express, Le Point) et des chaînes de TV privées (Canal+, TF1) appartiennent à de grands milliardaires. En vérité, ils sont dix à se partager l’accès à nos consciences, dix à contrôler toutes les fréquences, dix milliardaires à exploiter pour leurs intérêts personnels les heures de « temps de cerveau disponibles » que nous leur laissons chaque jour. Comment expliquer que des requins de la fusion-acquisition, que des capitaines d’industrie jamais avares de reventes juteuses investissent temps et argent dans un secteur économique – les médias – en perte de vitesse et souvent déficitaire ? »

 

Nous ne devrions donc pas nous leurrer. Quand un média comme RFI s’investit, elle ne le fait pas pour le bonheur du peuple congolais d’abord. Il ne faut jamais perdre cela de vue. Leur visée c’est rendre l’homme disponible. Disponibiliser les consciences à la transmission de leurs messages, à la défense de leurs intérêts. Ils rendent nos populations étrangères à elles-mêmes, à leur propre pays, et les disposent à obéir. Les médias internationaux font partie des armes diplomatiques qui passent par la culture. Défendre la langue et les valeurs de la culture pour mieux promouvoir la présence et la défense des intérêts. C’est le rôle des
attachés culturels et des attachés économiques des ambassades. Par ailleurs, ces médias ne font pas qu’informer, ils cueillent aussi
l’information au service de leur diplomatie. Ainsi trouve-t-on des accointances entre ces médias et les services de renseignement de ces pays respectifs. Objectif : le contrôle et la manipulation de l’information politiques pour des fins de survie, de positionnement de leurs états.

 

Aujourd’hui, le monde est dominé par la mondialisation, phénomène régenté ces jours-ci par l’internationale libérale qui soutient l’invasion massive des forces du marché et de ses valeurs politiques dans les pays africains et dans le monde, mais non la libération des peuples de ces forces.

 

Nos médias doivent, eux-aussi, penser à informer pour élever le niveau de conscience, d’appartenance, de citoyenneté. Nos autorités ne doivent pas perdre de vue que nous devrions conquérir notre liberté aussi sur le champ culturel et donc mental. Il s’agit de conquérir le sentiment d’appartenir à l’histoire, à la géographie de notre pays. Nos autorités doivent veiller à s’entourer des collaborateurs qui leur permettent de concevoir des politiques pour les différents niveaux de la vie, social et culturel.

Nous devons considérer la Nation comme lieu de résistance, face à la mondialisation qui défait les nationalismes. Aujourd’hui l’action
culturelle de la Chine, de la Russie, des pays arabes à travers leurs médias respectifs (Al Jazeera, par exemple) c’est de résister. Et que vive ainsi la résistance culturelle, expression d’un patriotisme approprié.

 

Claude B. Misambo journaliste

 

CONGOPROFOND.NET

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RDC : Duel Bahati vs Kabongo – verdict politico-économique

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Depuis quelques jours, les Congolais assistent à un nouvel épisode d’un théâtre politique qui lui est devenu familier. Deux figures du Sénat se font face. Modeste Bahati Lubweto affirme que la Constitution ne doit pas être modifiée. Dany Kabongo Bondanya a répondu en signant une pétition visant à l’écarter de son poste de deuxième vice-président du Sénat, estimant que sa position contredit les ambitions de ceux qui envisagent une révision constitutionnelle destinée à permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de son dernier mandat.

Dans un pays où presque chaque débat finit par être réduit à une querelle de camps, la réaction populaire a été presque instinctive. Chacun est invité à choisir son côté. Êtes-vous avec Bahati ou avec Kabongo. Avec la Constitution ou avec sa révision. Avec la loyauté politique ou avec la dissidence.

Je dois toutefois prévenir le lecteur que mon analyse risque de décevoir ceux qui cherchent une réponse simple. La politique congolaise adore les débats binaires. Elle aime transformer des questions complexes en combats de gladiateurs. Deux hommes montent dans l’arène, l’opinion publique applaudit, et pendant ce temps la structure même du système reste intacte.

Car le problème fondamental n’est pas ce duel. Le problème est le système politique qui produit ce type de duel et l’économie politique qui l’entretient.

La vraie question n’est donc pas de savoir qui a raison. La vraie question est de comprendre ce que cet affrontement révèle sur la manière dont le pouvoir, les institutions et les ressources publiques sont organisés en République démocratique du Congo.

Modeste Bahati Lubweto : sophisme ou ignorance ?

La défense implicite de Modeste Bahati Lubweto repose sur une idée simple selon laquelle la Constitution existe, fixe des règles claires et que si les acteurs politiques s’y conformaient réellement, le système fonctionnerait correctement. Cette vision possède une certaine élégance théorique et rassure ceux qui souhaitent croire que le problème de la RDC serait uniquement moral ou comportemental.

Pourtant, elle relève davantage du romantisme institutionnel que d’une analyse sérieuse d’économie politique. Les institutions ne fonctionnent pas simplement parce qu’elles existent sur le papier. Elles fonctionnent lorsqu’elles disposent de mécanismes capables d’imposer leur autorité, de sanctionner les manquements et de contraindre les acteurs politiques à respecter les règles.

Prenons un exemple très concret qui permet de tester cette hypothèse. J’ai introduit une requête devant la Cour constitutionnelle dans les délais prescrits par la Constitution. Celle-ci impose à la Cour de répondre dans un délai de soixante jours. La Cour n’a jamais répondu dans ce délai. La question qui se pose ne concerne donc pas seulement le comportement de la Cour, mais également l’architecture institutionnelle du système. Que prévoit la Constitution lorsqu’une telle obligation n’est pas respectée ? La réponse est étonnamment simple. Elle ne prévoit absolument rien.

La même situation se retrouve dans d’autres institutions. J’ai introduit des pétitions auprès du Sénat, y compris une proposition de révision constitutionnelle accompagnée d’un texte complet. Là encore, la Constitution prévoit un délai de réponse de soixante jours. Là encore, deux ans après aucune réponse n’est venue. Le même silence institutionnel s’observe du côté de l’Assemblée nationale et de la présidence de la République. Des institutions censées incarner la souveraineté populaire peuvent ignorer les mécanismes de contrôle citoyen sans que le système n’active la moindre forme de responsabilité institutionnelle.

Il n’existe aucune sanction, aucun mécanisme de contrainte, aucune conséquence institutionnelle prévue pour des telles affronts. La Constitution impose donc une obligation, mais elle ne définit aucune conséquence lorsque cette obligation est ignorée. Une règle qui ne prévoit pas de mécanisme d’application perd rapidement sa capacité à structurer le comportement des institutions. Dans ces conditions, la règle cesse d’être une contrainte réelle et devient simplement une déclaration d’intention.

Dans ces conditions, affirmer que le problème ne réside pas dans la Constitution mais uniquement dans les hommes devient une simplification dangereuse. En économie politique, une règle dépourvue de sanction n’est pas véritablement une règle. Elle s’apparente plutôt à une suggestion institutionnelle. Une constitution qui impose des obligations sans prévoir de sanctions n’est pas réellement une constitution. C’est une lettre d’intention. Un système fondé sur de simples intentions institutionnelles finit presque toujours par dériver vers l’arbitraire. Le débat sur la Constitution ne devrait donc pas porter sur son âge ni sur l’identité de ceux qui ont contribué à sa rédaction. Une constitution est toujours un compromis historique qui reflète un moment politique, un équilibre de forces et une vision du pouvoir. Mais elle n’est pas un texte sacré. C’est un outil. Et lorsqu’un outil ne fonctionne pas, il doit être corrigé.

Dany Kabongo Bondanya : nostalgie de 1967 ?

Critiquer la position de Modeste Bahati Lubweto ne signifie pas pour autant se ranger automatiquement derrière celle de Dany Kabongo Bondanya. Beaucoup semblent pourtant croire que le débat impose ce choix binaire. Cette réaction traduit précisément l’un des problèmes les plus persistants de la politique congolaise, où chaque discussion publique est rapidement transformée en affrontement entre camps opposés. Une analyse sérieuse d’économie politique exige de dépasser ce réflexe et d’examiner ce que la réaction de Kabongo révèle sur la nature actuelle du système partisan en RDC.

La réaction de Dany Kabongo Bondanya met en lumière un phénomène plus profond que ce simple désaccord autour de la Constitution. Elle illustre la transformation progressive des partis politiques congolais en instruments de loyauté personnelle plutôt qu’en organisations structurées autour d’idées, de programmes ou de visions de long terme.

Dans une démocratie mature, la question de la succession politique commence bien avant la fin d’un mandat présidentiel. Dans de nombreux pays, les discussions sur les futurs candidats apparaissent dès la moitié du second mandat d’un président, car les partis politiques savent que leur survie dépend de leur capacité à préparer l’avenir. Au sein du parti au pouvoir, l’UDPS, cette simple idée semble presque subversive, comme si évoquer l’après-présidence constituait déjà une forme de trahison de la part des amis et des alliés.

Modifier la Constitution uniquement pour permettre à un individu de rester au pouvoir ne constitue pas seulement un risque politique. Une telle démarche représente également une irrationalité économique profonde. Les institutions existent pour stabiliser les règles du jeu politique et créer un environnement prévisible pour les citoyens, les investisseurs et les acteurs économiques. Lorsqu’elles deviennent des instruments au service d’une personne ou d’un groupe restreint, elles cessent de produire de la stabilité et commencent à générer de l’incertitude. Cette incertitude finit toujours par se diffuser dans l’économie, car aucun système économique ne peut prospérer durablement dans un environnement institutionnel où les règles peuvent être modifiées au gré des intérêts politiques du moment.

Le problème dépasse largement la question d’un individu ou d’un parti. Dans la pratique, les partis politiques congolais fonctionnent rarement comme des organisations idéologiques. Ils ressemblent davantage à des coalitions dont l’objectif principal est l’accès à la rente publique. Une fois au pouvoir, ces réseaux politiques agissent souvent comme des structures de distribution de privilèges et de positions administratives. Les scandales liés au détournement des ressources publiques ne provoquent même plus de véritable indignation collective. Ils sont devenus un élément presque banal du paysage politique, ce qui témoigne d’une normalisation inquiétante de la prédation institutionnelle.

Dans ce contexte, l’argument selon lequel la guerre dans l’Est justifierait une prolongation du pouvoir présidentiel apparaît particulièrement troublant. Le pays se trouve aujourd’hui à mi-chemin du dernier mandat constitutionnel du président. Lorsque la discussion politique commence déjà à porter sur la modification des règles pour permettre une prolongation du pouvoir, cela révèle une évolution profonde du système. La politique cesse alors de fonctionner selon la logique du bilan et de l’alternance démocratique. Elle commence à fonctionner selon la logique de la capture et de la conservation du pouvoir.

Nelson Mandela a gouverné l’Afrique du Sud pendant un seul mandat. L’ANC, lui, a continué de gouverner pendant des décennies. La différence est simple. L’ANC a cherché à préserver le pouvoir du parti et à construire une continuité politique qui dépasse la personne d’un leader. Certains acteurs politiques congolais semblent vouloir préserver non pas la force de leur parti, mais la permanence d’un individu au sommet de l’État.

À mes concitoyens de l’UDPS, voire même de l’Union sacrée, je dois vous le dire avec franchise. Lorsqu’un parti ne prépare plus la succession de son leader, ce n’est plus un parti. C’est un fan-club. Et un fan-club ne devrait jamais entraîner toute une nation vers l’abîme d’un chaos potentiel simplement pour masquer ses propres limites.

Dupond contre Dupont ?

Au fond, ce duel politique ressemble moins à un affrontement de visions qu’à une querelle entre deux produits d’un même système. D’un côté, un acteur politique qui semble découvrir sa propre mortalité ainsi que les limites d’un ordre institutionnel auquel il a longtemps participé. De l’autre, un acteur qui paraît convaincu de sa propre immortalité et pour qui la prolongation du pouvoir personnel devient une stratégie politique acceptable, quelles qu’en soient les conséquences économiques et sociales pour la nation. L’impression générale n’est donc pas celle d’un débat structurant sur l’avenir du pays, mais plutôt celle d’une rivalité interne au sein d’un même univers politique devenu trop souvent médiocre et, de nos jours, franchement nauséabond.

Pendant que cette confrontation occupe l’espace public, une réalité beaucoup plus lourde continue de s’imposer. L’année dernière, la RDC a été désignée comme le pays présentant la plus forte concentration d’extrême pauvreté au monde. Un tel constat devrait normalement structurer l’ensemble de l’agenda politique national. Pourtant, ni Bahati, ni Kabongo, ni même le président de la République Félix Tshisekedi ne semblent considérer cette situation comme l’urgence politique centrale. On ne les entend pas débattre de la structure fiscale du pays, ni de la transformation productive de l’économie nationale, ni encore de la redistribution des ressources publiques ou des mécanismes capables de réduire la vulnérabilité sociale de millions de citoyens. En revanche, on les entend débattre de postes, de pétitions et de loyautés politiques.

Le spectacle offert par cette controverse révèle ainsi un décalage frappant entre les préoccupations de la population et celles d’une partie de la classe dirigeante. Les Congolais vivent quotidiennement une série d’humiliations sociales et économiques qui devraient constituer la première urgence de toute politique publique. L’accès aux services de base, la précarité de l’emploi, la faiblesse des infrastructures ou encore l’insécurité économique devraient se trouver au cœur du débat national. Rien de cela n’apparaît réellement dans cette querelle politique.

Le problème de la RDC ne réside pourtant pas dans un manque d’hommes et de femmes intègres. Une nation de plus de cent millions d’habitants ne manque ni d’intelligence, ni de patriotisme, ni de compétences. Le problème se situe ailleurs, dans l’organisation du système politique lui-même et dans les critères qui déterminent l’accès aux positions de pouvoir. La question essentielle n’est donc pas seulement de savoir qui occupe les fonctions publiques, mais comment ces personnes y arrivent et selon quelles règles elles y sont maintenues.

Dans une perspective d’économie politique, la manière dont une société sélectionne ses représentants, ses gouvernants et même ses héros détermine largement la trajectoire de son développement. Lorsque l’accès au pouvoir dépend principalement de l’appartenance à des réseaux politiques, de la loyauté personnelle ou de la capacité à naviguer dans les circuits de distribution de la rente publique, les institutions cessent progressivement de fonctionner comme des instruments de transformation collective. Elles deviennent des espaces de capture où l’objectif principal consiste à préserver l’accès aux ressources de l’État.

Le véritable enjeu pour les Congolais consiste donc à regarder au-delà des rivalités personnelles et à comprendre ce que ce type de confrontation révèle. Ce duel n’est pas seulement un désaccord entre deux hommes. Il met en lumière un problème plus profond, celui d’un système politique dont les mécanismes de sélection produisent trop souvent des élites préoccupées par la conservation du pouvoir plutôt que par la transformation du pays.

Bref, en termes d’économie politique, le problème réside dans le système lui-même et dans les critères qui président à la sélection de ceux que la nation finit par reconnaître comme ses représentants, ses gouvernants, ses champions et parfois même ses héros.

Jo M. Sekimonyo, PhD

Chancelier de l’Université Lumumba – Économiste politique hétérodoxe

 

 

 

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